Un jour très prochain j’en suis sûr, je vous parlerai de l’Europe et de la construction européenne.
Un jour prochain - je l’attends avec impatience- vous viendrez me faire part de votre propre vision de l’Europe.
Pour tout vous dire, j’ai le très ferme espoir que le devenir de l’Europe soit l’un des deux ou trois thèmes majeurs qui nourrisse ce tout jeune lieu d’échanges encore bien fragile.
Mais en attendant de vous livrer mes réflexions plus personnelles, je me suis permis d’emprunter, en ne le modifiant que très légèrement, l’admirable texte qui suit à Charles de GAULLE qui fut et qui reste mon modèle et mon maître :
"Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de l’Europe. Le sentiment me l'inspire aussi bien que la raison. Ce qu'il y a en moi, d'affectif imagine naturellement l’Europe, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée imminente et exceptionnelle. J'ai, d'instinct, l'impression que la Providence l'a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires. S'il advient que la médiocrité marque, pourtant, ses faits et gestes, j'en éprouve la sensation d'une absurde anomalie, imputable aux fautes des Européens, et au premier chef de certains Français dont vous êtes, non au génie de l’Europe. Mais aussi, le côté positif de mon esprit me convainc que l’Europe n'est réellement elle-même qu'au premier rang ; que, seules, de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que ses peuples portent en eux-mêmes ; que notre continent, tel qu'il est, parmi les autres, tels qu'ils sont, doit, sous peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit. Bref, à mon sens, l’Europe ne peut être l’Europe sans la grandeur."